Du haut des cieux, les étoiles – Harry Brown

Ce livre m’avait été offert pour mon dernier anniversaire par mes parents, et j’avais été très touchée parce que 1) c’est du western et 2) alors que je le déballais, mon beau-père m’a dit « apparemment il y a des personnages féminins intéressants dedans ». Alors, bon, autant je crois que mon amour du western commence à être connu dans la famille, autant l’aspect féminisme c’est pas spécialement un truc que j’aborde avec mes parents et, quand c’est le cas, c’est plus avec ma mère qu’avec mon beau-père. Alors qu’il ait considéré ça comme un critère de sélection qu’il était important de mentionner… ouais, ça m’a vraiment fait très plaisir.

Bon, en soi, il était pas allé le chercher bien loin, puisqu’il est littéralement écrit sur la 4e « de magnifiques personnages féminins ». Et, après lecture, j’en ai pas été si convaincue que ça (on y reviendra), mais ça, il pouvait pas le deviner et, comme on dit, c’est l’intention qui compte.

Du-haut-des-cieux-les-etoilesL’intrigue :

Dans une petite ville de montagne de l’Arizona, un jour, sur les terres du plus riche propriétaire terrien du coin, un ruisseau arrête de couler. Quelques types vénères et en état d’ébriété décident alors que non, la nature n’a rien à voir là-dedans, que c’est un COMPLOT, et qu’on peut décemment pas laisser passer ça sans rien dire et puis quoi encore.

Ce roman a tout d’une tragédie : dès le début, on sait que ça va merder, que personne ne sera épargné, et on ne peut qu’assister, impuissant, au drame qui se tisse devant nos yeux. Il y a une fatalité à ce qui se passe ; comme si toutes les rancoeurs, tous les incidents du passé, n’avaient menés qu’à cet instant précis ou tout explose.

Et le pire, c’est que personne ne semble rien voir venir : les incidents sans importance s’entassent, qui, seuls, n’auraient eu aucune influence, mais empilés les uns sur les autres, c’est suffisant pour déclencher une guerre civile.

Et c’est beau, vraiment, c’est très beau. C’est dramatique, c’est intense, et la tension monte jusqu’à devenir insoutenable parce que, en tant que lectrice, en tant que spectatrice, j’ai vu tous ces travers s’empiler, et j’ai juste envie que ça s’arrête et que les personnages se réunissent autour d’une table pour parler clairement de tout ça parce que, franchement, s’ils en avaient discuté dès le début au lieu de se monter le bourrichon chacun dans son coin, on n’en serait pas là. Ça a un côté frustrant, en fait.

Le seul personnage qui semble voir tout venir, c’est Cora, la Cassandre de cette histoire, qui clame ses prémonitions et ses vérités à tous mais que personne n’écoute parce que elle est folle/elle refuse de se marier (et au fond ça revient un peu au même, non ?).

Et Cora, c’est vraiment, pour moi, le personnage le plus intéressant de l’histoire, et le meilleur personnage féminin : parce qu’elle est détachée des autres, des hommes, et qu’elle refuse de rentrer dans le jeu de qui que ce soit. C’est un électron libre, et c’est pour ça qu’elle arrive à prendre de la distance, et c’est aussi pour ça que les autres personnages ne l’acceptent pas.

Tous les autres personnages féminins sont remarquablement passifs, à accepter leur sort, à accepter de se laisser guider par des hommes (qui n’ont la plupart du temps pas la moindre idée de ce qu’ils font et se laissent eux-mêmes guider par la cupidité/la collectivité/les rumeurs/l’alcool ) sans poser trop de questions, ou alors pas trop fort, ni opposer trop de réticences, ou alors pas trop longtemps. Et même ! même quand il y a un mouvement d’indépendance de leur part, il est complètement annihilé plus tard dans l’histoire. Ça fait un peu « ah nan mais elle a choisi son destin tu vois elle est indépendante » sauf que, fun fact, c’est pas comme ça que ça marche.

Alors, tu me diras, les personnages masculins ne sont pas forcément mieux lotis et, dans cette histoire, tous sont victimes du Destin et surtout de leurs petits travers, mais :

  1. les petits travers sont surtout ceux des hommes (et ne sont pas tous si petits) ;
  2. la plupart des femmes demandent juste à ce que on leur foute la paix/on les aime/on laisse leur famille tranquille et oh, tiens, amour, famille, tempérance, en voilà des caractéristiques bien culturellement féminines, quelle modernité NOT ;
  3. je le répète, la quatrième de couverture promet « de magnifiques personnages féminins » et, honnêtement, à part pour leur physique, je vois pas ce qui leur vaut cette description (et pourtant j’étais prête à les trouver magnifique, ces personnages féminins, vraiment !). Alors qu’on me dise que les personnages féminins sont réalistes ; sont nombreux (et c’est vrai qu’il y en a quand même beaucoup, pour un western, et ça c’est à souligner quand même) ; sont touchants : tout ça je veux bien l’entendre, et l’accepter, et le croire. Mais « magnifiques », pour des personnages très très passif, c’est pas le mot que j’emploierais perso ;
  4. j’aime pas cette idée de destin inéluctable parce que je la vois comme un moyen facile d’éviter de prendre la responsabilité de ses actes (« hey t’as tué un mec » « déso c’était mon destin » « oh ok bonne journée alors ») (de quoi exagération à peine je ne vois pas ce dont tu parles).

Parce que le plus frustrant dans cette histoire c’est que, à n’importe quelle étape de tout ça, si un seul des personnages s’était arrêté pour se poser deux-trois questions, tout le drame aurait pu être évité.

 

Ce qu’il faut retenir sur ce roman, c’est donc que :

Il possède l’un des plus beaux titres de la littérature western, à ma connaissance (seulement surpassé par Le Saloon des derniers mots doux : honnêtement, qui dit mieux ?).

C’est un très beau roman, intense, et qui réussit à être prenant jusqu’au bout même si on sait plus ou moins dès le début comment ça va finir.

C’est un roman frustrant de bêtise humaine et d’egos malmenés, sur les conséquences malsaines de la rancoeur et de l’effet de groupe.

Actes Sud continue à mentir concernant les personnages féminins dans les westerns, et du coup j’avais pas mal envie de lire Le Passage du canyon, mais je commence à me méfier (en plus c’est le même auteur que Des clairons dans l’après-midi, hmmm), alors soit il faudrait un peu qu’ils apprennent ce qu’est un personnage féminin intéressant, soit il faut qu’ils arrêtent d’essayer de faire du marketing.

2 réflexions sur “Du haut des cieux, les étoiles – Harry Brown

  1. Et bien voila encore un livre qui va finir sur mes étages ! je vais attendre de lire les 2 westerns qui sont en route pour chez moi ( the big sky et les clairons dans l’après-midi) et après je pense me jeter dessus, entre-temps il va falloir que je pense à lire aussi les livres qui dorment dans la Pal? Mais ça, c’est une autre histoire 😉

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