8 bonnes raisons de regarder Rectify

Rectify est une série qui m’a énormément marquée. Je ne l’ai vue qu’une fois, je ne pense pas la revoir un jour (ou alors pas avant longtemps), parce qu’elle est vraiment intense, mais c’est, je pense, une série à voir absolument.

Nombre de saisons : 4
Nombre d’épisodes : 30 (6, 10, 6 puis 8)
Durée des épisodes : 50 minutes
Années : 2013-2016 (terminée)
Jusqu’où regarder : jusqu’à la fin

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L’intrigue ?

À 19 ans, Daniel Holden a été condamné à mort pour avoir violé et tué sa petite amie. 19 ans plus tard, un test ADN le disculpe, et il est libéré. Comment se réhabituer à la vie normale après avoir passé la moitié de sa vie dans le couloir de la mort ? Et comment sa famille et les habitants de sa ville natale, dans le Sud des États-Unis, vont-ils réagir face à son retour?

Voilà, maintenant que le fun est posé, rentrons dans le vif du sujet et répondons à la question : mais pourquoi je voudrais regarder un truc pareil ?

  1. Le sujet

    Ça se voit dès le résumé, on a ici affaire à un sujet assez dur, et assez peu traité en fiction (du moins à ma connaissance) : non seulement la peine de mort, mais aussi les erreurs de jugements et la réinsertion des prisonniers dans la vie active. C’était un peu casse-gueule, soyons honnêtes, de se lancer là-dedans et d’apporter quelque chose qui soit intéressant, fictionnellement, humainement, politiquement, sans pour autant être violent, cru ou grossier. Mais ici le sujet est abordé avec extrêmement de tact et de finesse, et parvient à toucher (alors que bon, le héros est quand même un condamné à mort) en évitant le côté « gros sabots » qui peut être à craindre.
    Et, surtout, ce qui est vraiment intéressant, c’est que le sujet de la série n’est pas, comme on pourrait le penser, la question de la culpabilité (ou non) de Daniel, mais toutes les histoires humaines autour de son retour, et les vagues qu’il soulève dans sa communauté, qu’il s’agisse de sa ville ou de sa famille.

  2. Une caméra sans jugement

    C’est surtout vrai dans la première saison, et ça s’estompe peu à peu au fur et à mesure que l’histoire avance mais, ce que j’ai particulièrement aimé, c’est que la caméra ne prend aucun parti : ni pour Daniel, ni contre lui. Elle se contente de nous montrer ce que pensent les autres personnages (untel le pense coupable, untel non, untel sait pas trop) mais sans jamais se placer au côté de l’un ou de l’autre. Les événements nous sont présentés, et c’est à nous de faire la part des choses.
    (Bien sûr, une narration ne peut jamais être totalement objective, et on se doute qu’avec un sujet pareil l’auteur a forcément pris parti à un moment donné, et d’ailleurs, comme je disais, ça se voit de plus en plus au fil des saisons, mais néanmoins ce point de vue est très discret et se place plus en narrateur qu’en critique.)
    C’est d’autant plus intéressant que, dans les premières saisons du moins, on n’a jamais le point de vue de Daniel, seulement celui des autres. Cela laisse au spectateur toute latitude pour se faire sa propre opinion sur lui.

  3. Des personnages complexes

    Ce qui rend ce parti pris de ne pas prendre parti d’autant plus puissant, c’est que tous les personnages, tous, ont leur part d’ombre ; non seulement Daniel, mais aussi sa mère, son demi-frère, son avocat… Ils font tous des erreurs, plus ou moins grosses, plus ou moins visibles, mais aucun d’entre eux n’est présenté comme parfait ou comme un modèle de sainteté (même Tawney, qui a tout de la femme parfaite et qui essaye, vraiment, de tout faire comme il faut, a elle aussi ses défauts et frôle parfois les limites). Mais à côté de ça, tous ont aussi une part de lumière. Même les personnages que je détestais au début prouvent leurs bons côtés à un moment ou à un autre, leur humanité. Et cette humanité, elle est visible certes dans leurs bons moments, mais aussi dans leurs failles.

  4. Des personnages touchants

    Ça va un peu avec le point précédent, mais le côté profondément humain des personnages, même les moins sympathiques, font qu’ils sont extrêmement touchants. Parce que, même avant la libération de Daniel et le changement qu’elle signifie dans leurs vies, ce sont tous des personnages avec des problèmes (financiers, sentimentaux, professionnels, personnels, etc.), auxquels ils doivent continuer de faire face, et qui sont plus ou moins exacerbés par cette nouvelle perturbation dans leur vie. De Janet, la mère de Daniel, qui s’est remariée et se retrouve avec une famille à la géométrie bouleversée, à Amantha, sa soeur, qui a littéralement dévoué sa vie à le sauver et qui doit se trouver un autre but, en passant par Ted Jr., le stepbrother qui n’accepte pas bien le retour du fils prodigue ou Jared, le plus jeune frère, qui n’a jamais connu Daniel, tous réagissent à leur manière, avec plus ou moins de tact, de bon sens, de force. Leurs craintes et leurs trajectoires personnelles s’entrechoquent avec cette nouvelle donnée dans l’équation, et ils font de leur mieux pour y faire face. Et, même si Daniel est le personnage principal, leurs histoires à tous sont explorées et, peu à peu, on apprend à les aimer et à vouloir traverser cette crise avec eux, à vouloir qu’ils s’en sortent, eux aussi, et qu’ils arrivent à se dépêtrer de ce qui les englue.

  5. Un regard bienveillant

    Je disais plus haut qu’il n’y avait pas de parti pris dans la narration ; c’est un peu faux. #autocontradictionpourlesnuls Le parti pris, c’est que les auteurs ont décidé de donner à tous leur chance, et de poser sur tous un regard bienveillant : malgré leurs erreurs, malgré leurs failles, les personnages essayent (presque) toujours de faire au mieux et, au final, leurs défauts ne sont que des défauts humains que nous avons tous : la jalousie, l’égoïsme, l’envie de protéger les siens, le besoin d’exister… et cela permet de relativiser : au fond, ces gens, ça pourrait être nous ; face à un tel événement, comment réagirions-nous ? serions pires ? meilleurs ? Ayant conscience de ça, la caméra les regarde avec amour et bienveillance, comme un enfant qu’on regarde faire ses premiers pas en sachant pertinemment qu’il va tomber à un moment donné : c’est peut-être douloureux, mais ce n’est pas grave, ça fait partie du processus d’apprentissage et on sait que, un jour, il avancera seul. Ici c’est pareil : leurs erreurs pavent la route vers une meilleur version d’eux-mêmes – ou, du moins, c’est ce que la caméra croit, avec toute son âme. (Et c’est sûrement ce regard qui les rend aussi touchants.)

  6. L’atmosphère

    On est quelque part dans le Sud des États-Unis (je sais plus où précisément), soit pas exactement l’endroit le plus sympa et le plus tolérant quand il est question de minorités et de ce genre de choses, et déjà ça pose le truc : l’accueil au retour de Daniel n’est pas des plus enthousiastes. Mais en plus de ça, dans cette petite ville où Daniel faisait un si bon bouc émissaire pour ce crime, maintenant que ce n’est peut-être pas lui, alors qui ? Est-ce que mon voisin est coupable ? mon ami ? que s’est-il vraiment passé ? est-ce qu’on accueille un meurtrier parmi nous ? l’ambiance est lourde, pesante, on sent que tout le monde pèse ses mots et ses actes, surtout en présence de Daniel. Il fait chaud et humide, l’air colle à la peau autant que les rumeurs et les non-dits, et tout ça est parfaitement retranscrit, notamment dans le rythme de la série, très lent : en soi, il ne se passe pas grand chose dans un épisode, mais jamais, jamais, on ne s’ennuie. C’est lourd et dense et surtout, très, très intense.
    C’est pour ça que je disais que je ne reverrai peut-être jamais cette série, malgré toutes ses qualités et l’amour que je lui porte : parce que le sujet, les personnages, l’ambiance, font que c’est une expérience tellement forte et intense qu’on ne replonge pas dedans sur un coup de tête, et qu’on n’a pas spécialement envie de la vivre deux fois. Certains passages sont très durs – plus psychologiquement que physiquement, d’ailleurs (j’ai en tête cette scène de la saison 4 où Daniel parle de sa vie en prison et qui m’a bouleversée jusqu’au fond de mon âme) –, et on finit parfois les épisodes avec un goût amer sur la langue.

  7. Une histoire optimiste

    Mais malgré cette lourdeur et cette intensité, c’est une histoire incroyablement belle de rédemption – pour tous les personnages –, avec des moments d’une tendresse et d’une naïveté incroyable. Car, ayant passé la moitié de sa vie en prison, Daniel redécouvre à sa sortie tous les petits plaisirs de la vie – ouvrir un frigo, conduire, regarder un lever de soleil, marcher dans un champ –, et ces moments sont d’une luminosité extrêmement émouvante. Ils sont une bouffée d’air frais dans toute cette pesanteur, et permettent de souffler, de reprendre pied et de redécouvrir, nous aussi, les petits plaisirs de la vie.
    En plus, le traitement des personnages, dont je parlais plus haut, pousse également, par sa bienveillance, à voir le bon côté des choses, malgré les épreuves et la difficulté.

  8. Une belle série

    Et je parle ici tant au niveau du fond que de la forme. Les images sont magnifiques, les acteurs excellent, ses personnages attachants, son message positif, ses intrigues bien construites. Certes, on peut se dire qu’on aurait aimé en savoir plus sur tel ou tel personnages, si on veut chipoter un peu, mais dans l’ensemble c’est une série magistrale sur tout les points, qui traite avec élégance d’un sujet difficile et qui, techniquement comme narrativement, est une vraie réussite.

HyperFocal: 0

Bref, Rectify est une série intense, prenante, incroyablement belle et sensible, et probablement l’une des meilleures que j’ai vues ces dernières années (d’ailleurs elle est dans mon top 5 de mes séries préférées). Si vous cherchez du dépaysement, de l’intelligent, et du doux-amer : n’hésitez plus, jetez-vous dessus.

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