Le Dernier des Mohicans, James Fenimore Cooper

Je suis une lectrice de personnages. Je pense que, quand on lit (ou qu’on consomme de la fiction de manière générale, qu’il s’agisse de livres, séries, films, pièces de théâtre, peu importe), on est chacun plus touché par un de ses aspects, en fonction de ses affinités personnelles, de son éducation, de ses habitudes. Pour certains ce sera le style, pour d’autre l’univers, pour d’autres encore les descriptions, pour certains la narration et l’enchaînement des actions… moi, ce sont les personnages, leur profondeur et leur évolution. Ça ne veut pas dire que je vais être totalement insensible au reste, mais ma porte d’entrée dans l’histoire, en général, ce sont eux.

Et pourtant. Dans Le Dernier des Mohicans, je n’ai eu aucune, mais alors aucune, affinité avec le personnage principal (et les autres ne sont pas forcément mieux lotis), mais j’ai adoré ce livre. Vraiment.

512nHmBxOhL._SX195_L’intrigue ?

Alors que les Anglais et les Français se battent au milieu des lacs en Amérique, les deux filles d’un colonel anglais se retrouvent prises dans les dangers de cette guerre, entre Indiens plus ou moins hostiles et Européens qui ne le sont pas forcément moins. Heureusement pour elles, elles croisent la route d’Oeil-de-Faucon, un éclaireur hors pair, et de ses amis Mohicans, qui vont tout faire pour les guider et les aider.

J’avais, l’automne dernier, lu le premier tome de cette série, The Deerslayer, et il m’avait profondément marquée (j’en parlais plus en détail dans mon bilan de mes lectures 2016, si ça t’intéresse). Je l’avais d’ailleurs lu en ebook, en anglais, parce que j’avais été hyper frustrée de découvrir que le seul tome de cette série traduit à profusion était Le Dernier des Mohicans, alors que les autres étaient soit dans des éditions plus commercialisées, soit réunis en intégrale dans un ÉNORME PAVÉ. Aussi, quand Gallmeister, maison d’édition chère à mon cœur, a annoncé qu’ils allaient retraduire James Fenimore Cooper, en commençant par Le Dernier des Mohicans, la hype était méga présente chez moi (même si, bon, je reste quand même un peu frustrée qu’ils aient décidé de commencer par LE SEUL TITRE DÉJÀ TROUVABLE ICI alors que les quatre autres ont été négligemment négligés par l’édition française).

Déjà, j’ai trouvé la VF beaucoup plus facile à lire que la VO, ce qui était quand même bien agréable (une semaine de lecture contre un mois et demi, le calcul est vite fait). Bon, certes, le livre était moins long, et je ne sais pas si la traduction a joué ou si le style n’était pas tout à fait le même de base en anglais, mais j’ai trouvé les dialogues beaucoup plus digestes, et l’ensemble beaucoup plus fluide (en même temps, ça aide de lire en français d’aujourd’hui plutôt qu’en anglais du XIXe siècle). Donc chapeau au traducteur (et aux éditions Gallmeister) pour avoir fait un très bon boulot, et en apportant notamment quelques nuances que je n’avais pas saisies en anglais (notamment sur le terme de « deer »).

Mais, au final, ce qui m’a plu dans ce livre (et dans le premier tome, puisqu’on en parle), ce n’est pas ce qui me séduit habituellement dans un roman. Comme je disais dans l’introduction, d’habitude ma came c’est les personnages et, surtout, je suis #teamdialogues à 200% (quand ils sont bien faits). Ici, le personnage d’Oeil-de-Faucon m’a, au mieux, profondément ennuyée, et au pire, totalement insupportée.

Alors, vraiment, je veux bien réadapter mes attentes, prendre en compte que c’est un personnage écrit en 1840, qui vit en 1750, et admettre que, pour son époque, il avait probablement un côté très moderne dans sa manière de voir le monde et les Indiens.Je suis même prête à lui reconnaître un certain nombre de qualités (comme celle de débarquer au bon endroit au bon moment) (ou sa capacité à dresser des plans pas trop mauvais).

Mais je dois admettre que, au bout de la quinzième fois à l’entendre dire « oh moi je suis un homme simple de la forêt qui aime les plaisirs simples » suivi de « mon sang est blanc et pas du tout mêlé, moi, je suis 0% Indien même si le Mohican que vous voyez là est mon bff », j’en avais légèrement marre (et par « légèrement » j’entends « le levage d’yeux au ciel était puissant »).

Je veux bien qu’on me vende un personnage humble aux goûts simples, un naïf au grand coeur, un homme pour qui la grandeur d’âme et la générosité sont des évidences. Il risque de me fatiguer par tant de bonté, mais pourquoi pas. Mais que ce même homme répète constamment que, il est pas raciste mais quand même il est pas Indien, regardez il est blanc c’est quand même bien mieux, comment dire que

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Et même, en-dehors de Nathaniel, les autres personnages m’ont laissée globalement indifférente. Oh, ils ne sont pas inintéressants, ni exécrables, ni même mal écrits… sauf les personnages féminins qui, oh well, sont décrits comme des êtres bienveillants mais faibles et sans défense ni ressources autres que d’attendre l’arrivée de leur sauveur, avec plus ou moins de retenue et de contenance (et si elles en ont pas beaucoup c’est parce que ce sont des enfants, tu comprends, d’ailleurs enfant et femme c’est un peu pareil non ?).

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Quand même The Bandit King te réprimande tu sais que t’as un problème.

D’ailleurs, cher James Fenimore Cooper, j’ai une petite remarque pour toi qui, dans la préface, déconseille ce texte aux jeunes femmes qui pourraient être choquées : sache qu’une femme voit plus de sang dans sa vie que la majorité des hommes. Bisou.

Mais, bien que j’ai l’air super vénère (comme à chaque fois que je parle des personnages féminins dans les westerns), en vrai, comme je le disais en introduction, j’ai adoré ce livre.

Vraiment.

J’ai adoré son ambiance ses descriptions grandioses des paysages, à couper le souffle par moments. Ces lacs, ces montagnes, ces forêts, je m’y suis crue et j’ai eu envie de sauter dans un avion pour aller m’y promener sans plus attendre. Les reliefs et les couleurs m’ont sauté aux yeux, les ombres et les jeux de lumière m’ont trompée ou éclairée et, moi qui ne suis pas souvent touchée par les descriptions je crois que, ici, c’est ce que j’ai préféré.

J’ai adoré le rythme des actions rapides, qui nous emprisonne au creux de l’attente ou du combat avec les personnages. Elle nous fait vibrer avec eux dans la crainte et l’expectative, créant un faux suspens auquel on croit parce qu’on aime s’y laisser prendre. On ne peut pourtant pas dire que le rythme soit effréné, ou les actions spectaculaires (elles font bien pâles figures à côté de d’autres exemples plus contemporains), mais il y a quelque chose de prenant en elles, une simplicité et, presque, une humilité, qui suffit pour entraîner et passionner.

En fait, je crois que, les qualités que l’auteur a voulu donner à son personnage et qui m’ont parues si fausses chez lui, je les ai retrouvées dans la nature qu’il décrit. Elle, elle est simple, humble et généreuse, comme elle peut être impitoyable envers ceux qui lui manquent de respect.

Ce qui m’a vraiment plu, c’est cette peinture d’une nature, d’une Amérique en plein changement, sur le point de disparaître. Et cette critique de la colonisation, ce récit sous-jacent sur la mort de l’Amérique sauvage et du peuple indien (enfin, sous-jacent… c’était dans le titre, hein), est ce qui m’a convaincue dans ce livre, plus que l’aventure qui crée l’intrigue. J’admire le talent de narrateur de James Fenimore Cooper, qui a su recréer une époque et, subtilement, pointer ses travers, sans pour autant se montrer moralisateur.

J’avais déjà été saisie par les mêmes éléments dans le premier tome (et les personnages comme les dialogues m’avaient – au moins – autant fatiguée), et j’ai maintenant vraiment envie de lire la suite, pour continuer ce portrait d’une Amérique en plein changement, en pleine construction, par des instantanés à divers moments de son évolution. C’est une des thématiques que je préfère dans le western, ce monde sauvage sur le point d’être civilisé sans l’être vraiment et tous les enjeux qui vont avec. Et voir comment il est traité, dans ce roman créateur du genre, ça me passionne.

Alors j’espère vraiment que Gallmeister va continuer dans ses velléités de traduction, parce que si je pouvais éviter d’avoir à les lire en anglais, j’apprécierais grandement.

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Lecture commune classique du Picabo River Book Club

Une réflexion sur “Le Dernier des Mohicans, James Fenimore Cooper

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