Blessés, Percival Everett

Ça faisait longtemps (plusieurs mois, au moins), que je n’avais pas lu un western que j’ai aimé aussi inconditionnellement. Je veux dire, j’ai aimé des westerns (j’en ai parlé sur ce blog d’ailleurs), mais si tu as lu mes chroniques, tu sauras que mon avis est souvent « c’était bien, mais » : mais les personnages féminins, mais les personnages tout court, mais la cohérence, mais l’intrigue… c’est à croire que je râle tout le temps devant les bouquins.

Eh bien, avec celui-ci, je viens te prouver que c’est faux.

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L’intrigue ?

John, rancher noir, vit paisiblement sa vie d’ermite au fin fond de l’Arizona avec son oncle. Il s’en serait bien contenté, mais le monde semble décidé à le pousser à sortir de sa coquille… et pas toujours pour les raisons les plus agréables.

 

 

Ce livre est ce que j’appelle un western contemporain. (Un jour, je sortirai cette vidéo sur les différents sous-genre du western selon moi-même, ça aidera tout le monde à s’y retrouver) (surtout moi.) C’est-à-dire qu’il a une ambiance western, avec les grands espaces, les personnages-types, l’idée de terre sauvage et indomptée, de lieu sans règles ni loi, mais que l’histoire se passe de nos jours (enfin, plus ou moins à l’époque contemporaine, quoi). Pour te donner un exemple, je considère Le Secret de Brokeback mountain comme un western contemporain.

D’habitude, parce que je suis une puriste, je préfère les westerns plus traditionnels, mais hey, je suis pas sectaire, dévier un peu de temps en temps n’a jamais fait de mal à personne.

Surtout si c’est pour lire un bouquin comme celui-là.

Autour du personnage de John, Blessés nous décrit l’Ouest sauvage d’aujourd’hui, reculé et encore indompté, dont les habitants ne sont pas forcément des mauvaises personnes mais n’aiment pas trop la différence non plus. Et justement, la différence et les discriminations sont au coeur des thématiques de ce roman. Racisme, homophobie et autres joyeusetés sont abordés au travers de drames plus ou moins ordinaires et des réactions tout en nuances de gris des personnages.

Et justement, parlons-en, des personnages : ils ont tous leurs zones d’ombre et de lumière (enfin, presque tous) mais, du moins pour les principaux, ils sont attachants malgré leurs défauts et malgré, parfois, leur manque d’ouverture.

Parce que, si j’aime la représentation dans les oeuvres de fiction (parce que, malheureusement, nous vivons encore à une époque où je dis « hell yes » dès qu’un personnage principal (ou secondaire) (un personnage tout court quoi) n’est pas un homme blanc cis-genre hétérosexuel), j’aime aussi et surtout lorsque cette représentation est nuancée et que les personnages sont, well, humains. Et ici, j’ai été servie. Déjà parce que la majorité des personnages ne sont pas des hommes blancs cis-genre hétérosexuels, et ensuite parce qu’on a toute une palette de caractères, de comportements, de réactions, bref, tout un panel d’êtres humains, décrits par l’auteur avec bienveillance, respect, et humanité.

Car ce qui fait que ce livre m’a autant parlé, à mon avis, ce n’est pas tant ses thématiques et ses personnages (même si c’est toujours un bon point pour me séduire), mais le style de l’auteur, très en retrait, jamais dans le jugement, toujours compréhensif et, comme je le disais au-dessus, très respectueux de l’intimité des personnages. C’est subtil, très délicat, et très behaviourist, qui est une chose que j’aime beaucoup en littérature : laisser les actes et les paroles des personnages parler et nous les raconter, plutôt que de plonger dans leurs pensées. (Je t’épargne la dissertation de deux cent cinquante pages sur pourquoi ça me plaît – un autre jour peut-être –, mais le fait est que c’est une approche qui me parle.) Cela permet de les découvrir tout en douceur, sans être intrusif, sans trop s’immiscer dans leur vie privée, et il y a énormément de tendresse dans la manière dont l’auteur les présente.

En fait, c’est un livre qui, malgré ses thématiques assez dures, présente énormément de douceur et de bienveillance, et ce mélange entre le dégout et la stupéfaction d’un côté, et la tendresse de l’autre, est je pense ce qui m’a permis d’autant l’apprécier. En tout cas, c’est définitivement un de mes plus gros coups de coeur de cette année, et je ne parle pas uniquement en western mais toutes catégories confondues, et je vais très certainement essayer de découvrir d’autres titres de l’auteur, parce que si c’est dans la même veine, j’adhère au fan-club tout de suite.

2 réflexions sur “Blessés, Percival Everett

  1. Pingback: C’est le premier, je balance tout ! #4 | Les Cheesecakes de Dolores

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