Tristesse de la terre, Eric Vuillard

J’avais acheté ce livre à cause de sa (magnifique) photo de couverture et de son sous-titre, Une histoire de Buffalo Bill Cody, qui m’avaient fait dire « oh chouette un roman western » (mon argument d’achat #1 si je suis totalement honnête). Comme d’habitude, j’avais vaguement survolé le résumé, juste pour m’assurer que le titre n’était pas totalement mensonger, et pouf pouf il était rentré dans mon caddie.

Sauf que, à la lecture, il ne m’a pas fallu bien longtemps pour me rendre compte de mon erreur : Tristesse de la terre n’a rien d’un roman western, et tout d’un essai sur la colonisation et l’art de réécrire l’histoire. Et, passé ma première déception du « c’était pas ce à quoi je m’attendais », c’est un livre qui m’a finalement beaucoup touchée et parlé.

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De quoi ça cause, alors ?

S’intéressant à Buffalo Bill et son célèbre Wild West Show, l’auteur revient sur la construction de l’Amérique et sa mythologie.

 

 

 

« Dans l’Ouest, quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende. »

L’homme qui tua Liberty Valance, 1962

Je pense que cette phrase résume une partie de ma passion pour le western et l’histoire de la conquête de l’Ouest : cette frontière ténue entre l’histoire et les histoires, entre la réalité et la mythologie, entre l’imagerie populaire de l’Ouest, celle qu’on a tous en tête, moi la première, véhiculée par Lucky Luke, les westerns de Clint Eastwood ou Retour vers le futur III, et la vérité souvent moins reluisante.

Comme je suis bon public, j’aime aussi quand la pop-culture fait un clin d’œil à ce décalage, par exemple dans le susnommé Retour vers le futur III ou dans cet épisode western de Supernatural (que je soupçonne d’être autant une référence à Retour vers le futur III qu’un clin d’œil général).

Et, de manière générale, je suis fascinée par le storytelling, cette manière de raconter les choses, et comment un choix narratif, un point de vue, peuvent tout changer à une histoire – à l’histoire.

Et c’est précisément ceci qu’explore ce livre, au travers du personnage de Buffalo Bill et de comment, avec son Wild West Show, il a réécrit l’histoire de l’Ouest (notamment le massacre de Wounded Knee, transformé en bataille sous les projecteurs), posant les bases de la mythologie que l’on connaît aujourd’hui alors même que la réalité n’était pas encore morte.

Ce Wild West Show, c’est en fait la cohabitation entre un far west sur le déclin et une légende de l’Ouest en pleine expansion, avec des personnes transformée en personnages, Buffalo Bill le premier, se retrouvant dans le rôle figé d’une mythologie qu’ils ont contribué à créer et qui les dépasse.

C’est aussi la négation de tout un pan de l’histoire, du drame qu’a été la conquête de l’Ouest (en particulier pour les Indiens), pour ne garder que l’épique, le spectaculaire, ce qui peut faire rêver et créer des héros – créer la légende.

Ici, ce livre déplore, à juste titre, cette légende qui a fait tant de mal à certaines populations et certaines vérités.

Mais, sans cette légende, sans ce storytelling, que saurait-on de l’Ouest aujourd’hui ? raconterait-on encore ses histoires ? ferait-il autant rêver ? Y aurait-il encore des westerns ?

Bien sûr que je ne nie pas tout le mal que cette légende, ce besoin de légende a pu faire à toute une tranche de la population, à commencer par les Indiens (mais aussi les asiatiques, les femmes, les Mexicains, bref, tout ce qui n’était pas un homme blanc), les oubliant dans un recoin de l’histoire pour se repaître de ses héros.

Mais je pense aussi que le storytelling est une arme à double tranchant, qui permet à l’histoire de survivre à travers ses mythes et ses légendes, à travers les fables qu’on en raconte, quelque déformées qu’elles soient : et Buffalo Bill, à sa manière, a permis à l’histoire de l’Ouest d’arriver jusqu’à nous.

C’est aussi pour ça qu’il est important de raconter les histoires des oubliés : pour que la légende ne les oublie pas.

Car c’est au travers des histoires que vient l’immortalité.

Une réflexion sur “Tristesse de la terre, Eric Vuillard

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