La saga Malaussène, Daniel Pennac

Oui bonjour ça fait des mois que je promets de faire un article sur cette saga

et que je ne le fais pas

parce que je suis une mauvaise personne probablement

ou une reine de la procrastination

mais me voilà !

 

 

Mais de quoi ça cause cette histoire ?

Benjamin Malaussène, frère de famille par profession et bouc émissaire par nature (ou l’inverse), ne fait jamais rien mais se retrouve toujours au milieu des emmerdes.
Et quand c’est pas lui, c’est sa famille, ou sa tribu, qui l’embarque.
Vraiment, pas moyen d’être tranquille dans cette quincaillerie.

 

Dans la maison familiale, cette série fait partie des classiques : toute la famille l’a lue, voir relue (fun fact : pendant que je finissais ma relecture cet hiver, ma soeur me racontait qu’elle commençait la sienne), et si on regarde bien, on voit un mot d’amour de ma part pour ma mère sur la première page de Aux fruits de la passion, offert au Noël 2000.

Moi-même, je l’ai lue pour la première fois à l’adolescence, et j’avais adoré. Le film, sorti il y a quelques années, bien que n’étant pas tout à fait à la hauteur, m’avait donné envie de les relire, mais oh well, la vie les autres livres, tu sais comment c’est, c’est comme quand on dit qu’on va faire un article sur un bouquin et puis six mois plus tard on a toujours pas commencé, bref : je ne m’y suis remise que l’an dernier, à coup d’un bouquin ou deux par séjour chez les parents.

Et je crois que c’est encore mieux que dans mes souvenirs.

À l’époque, j’avais apprécié l’humour, les personnages, le dynamisme, l’aventure, bref, l’histoire.

Et j’aime toujours ça aujourd’hui. Ces personnages hauts en couleur, à la limite de la caricature sans jamais tomber dedans, qui forment un patchwork un peu fou, pas toujours très bien accordé, ni très bien cousu, mais ô combien douillet et attachant. ils ont tous leurs points saillants et leur profondeur, leur grain de folie, ils sont tous sur cette frontière avec la réalité, suffisamment pour avoir le statut de personnage, mais sans jamais non plus perdre leur corpulence de personne.

De manière générale, ce que j’aime vraiment dans cette série, c’est justement qu’elle flirte avec cette limite : d’un côté, tout pourrait  être réaliste, on pourrait croiser Benjamin ou Clara dans la rue, ces événements invraisemblables pourraient arriver, ces lieux pourraient exister ; ils pourraient, mais on sent bien qu’il y a quelque chose qui ne colle pas tout à fait avec la réalité, que c’est trop invraisemblable, trop improbable, qu’il y a presque une dose de magie là-dedans, de féerie ; ce n’est pas vraiment un roman réaliste, mais ça pourrait ; ce n’est pas vraiment un roman fantastique, mais ça pourrait ; ce n’est pas vraiment un roman absurde, mais, encore une fois, ça pourrait.

Et c’est le fait qu’elle danse sur cette ligne qui, à la relecture, me fait la classer dans le réalisme magique.

Je sais, le réalisme magique c’est pas tout à fait ça, blabla, mais : honnêtement, tu le classerais où, toi, sinon ?

 

Et puis, ça a beau être drôle, avec des personnages chatoyants et des situations invraisemblables, c’est aussi fichtrement bien écrit. le rythme, les images, le dynamisme : tout est là. Perso, je me suis pas encore remise de la première scène de La Fée carabine. C’est pas que fun, c’est aussi un vrai roman bourré de qualités littéraires, un de ceux qui me font dire j’aimerais tellement écrire comme ça. Je suis persuadée que la forme d’un roman doit être au service de son fond, et ici, ça fonctionne parfaitement : les figures de style soulignent le côté un peu magique, les choix de descriptions posent la bizarrerie des personnages, les dialogues soulignent le caractère de chacun, les indices sont partout, et tout est tellement beau, tellement bien fait, que je ne peux qu’admirer et respecter le talent. Daniel Pennac est non seulement un raconteur d’histoires, mais aussi un auteur, un vrai, qui maîtrise la langue jusqu’au bout de sa plume.

 

En fait, mon seul bémol, dans cette relecture, ça a été mon éternel cheval de bataille : les personnages féminins.

Alors oui, j’adore Julie, Thérèse, Clara, Gervaise et les autres, elles ont toutes leur personnalité, elles sont toutes uniques et actives, elles ont toutes leur moment de gloire.

Mais le problème, c’est que, à partir du moment où ces personnages féminins ont des enfants (et, spoiler, ça leur arrive quasiment à toutes), elles disparaissent de l’intrigue. Oh, pas totalement, hein, elles sont toujours là en toile de fond, à vivre leur vie (de mère), mais elles n’ont plus aucun rôle actif. Comme si, ça y est, elles ont accompli ce qu’elles devaient accomplir, ce qu’elles pouvaient accomplir, maintenant elles ont des enfants ce ne sont plus que des mères.

Et autant je peux comprendre quand ça arrive à un personnage – ça ne me réjouit pas forcément, mais pourquoi pas, je suis pour la diversité –, mais quand ça arrive à tous, de manière répétitive… j’ai plus de mal. (Bon ok, je suis mauvaise langue, c’est pas tous, quelques-unes en réchappent, mais on est quand même dans une proportion de l’ordre de l’écrasante majorité) (à commencer par la mère Malaussène, dont l’unique rôle es d’avoir des enfants.)

Tout ça me fait donc un peu grincer des dents, et me pousse à me questionner sur la vision que ce cher M. Pennac a de la femme : est-ce qu’il la considère vraiment comme autre chose qu’un ventre (et attention, je ne parle pas de nourriture) ? Quid des femmes qui ne veulent pas avoir d’enfants ? Qui ont d’autres buts, d’autres aspirations ? Parce que, spoiler alert, toutes les femmes ne s’épanouissent et ne s’accomplissent pas dans la maternité.

 

Mais, malgré ça, et malgré l’importance que j’accorde à la représentation des personnages féminins, je vais quand même continuer à adorer et à conseiller ces livres, à cause de tout ce que j’ai cité au-dessus : l’univers, le style, l’humour, les personnages (oui, même les féminins). C’est une lecture éminemment fun, malgré des thèmes parfois (souvent) assez lourds, terriblement littéraire, et surtout, irrémédiablement prenante.

Et puis, avouons-le : je suis quand même un peu (beaucoup) amoureuse de Benjamin.

4 réflexions sur “La saga Malaussène, Daniel Pennac

  1. J’attendais de lire les deux derniers tomes de la saga avant de lire ton article qui reposait dans mes favoris, c’est chose faite et j’ai envie de te dire merci. Déjà parce que je suis d’accord avec toi et que je trouve tes mots parfaits pour parler de ces livres et de leurs fantastiques qualités tant pour l’écriture que cette limite entre le réel et le presque réel. Et merci parce que je n’avais pas vu cette disparition des femmes. Peut-être parce que je les ai lus (première lecture pour tous sauf le premier tome) de façon très espacée et aussi très rapide tant j’y prenais plaisir. En tout cas, c’est vrai que Julie par exemple devient bien superficielle dans les deux derniers tomes. Il y a beaucoup de mères effectivement… Sauf peut-être la Reine Zabo, mais qui donne plutôt l’impression d’être vieille fille, la tante un peu sarcastique, bien détachée des autres femmes de la saga. Ça ne me gâte pas mon ressenti enthousiaste, mais c’est quand même dommage…

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