Des clairons dans l’après-midi, Ernest Haycox

J’ai eu envie de lire ce livre parce que c’est un western après avoir lu Little Big Man, parce qu’il parlait lui aussi de la bataille de la Little Big Horn, sous l’angle des soldats américains et non celui des Indiens, du coup j’avais la curiosité de savoir comment cet événement serait raconté.

411s+9UaomL._SX210_L’intrigue ?

Dix ans après avoir quitté l’armé pour oublier des événements douloureux (spoiler : c’est un échec), Kern Shafter décide d’y retourner et s’engage dans le régiment de Custer. Mais la menace des Indiens qui se rassemblent n’est pas la seule à laquelle il va devoir faire face : son passé aussi revient le chatouiller.

Première question : pourquoi les héros de western ont toujours des noms pourris ?
(Cullen Bohannon c’est toi que je regarde)

L’histoire commence avec les deux personnages principaux, Kern et Josephine, dans un long voyage inconfortable vers l’Ouest. Ils ne se connaissent pas, et une certaine camaraderie se crée entre eux pendant ce voyage, qui aura une influence sur tout le reste de l’histoire.

 

Ce n’est qu’après avoir commencé ma lecture que je me suis intéressée au résumé de la quatrième de couverture #classique #pourquoisavoiràquoisattendrequandonpeutplongerdanslinconnu, et il se trouve qu’il commence par :

« Dans un coin perdu du Dakota, à la fin du XIXe siècle, la jeune Josephine Russell détonne par son indépendance d’esprit. »

J’avais déjà un peu fait connaissance avec Josephine, elle m’avait l’air de correspondre relativement bien à cette description, d’autant que, pendant tout ce voyage, on a essentiellement son point de vue. Alors, en lisant ça, moi qui n’aime rien tant que les personnages féminins intéressants dans le western, je me suis dit « chouette ! »

J’ai vite déchanté.

Très rapidement, exit Josephine, le vrai pp c’est Kern et il le fait savoir. Il prend toute la place avec ses ruminements de mec qui veut pas s’attacher parce qu’il a été blessé une fois alors ça prouve bien qu’on peut faire confiance à personne ok et surtout pas aux femmes. Et Josephine, ah, Josephine, qui promettait tellement de choses et qui, malgré tout, garde son « indépendance d’esprit » et de corps, et n’hésite pas à dire à Kern quand il est relou, Josephine perd son statut de personnage pour n’être plus qu’un outil narratif destiné à faire revivre à Kern les tourments de son passé pour qu’il puisse, lui passer au-delà et en sortir grandi.

L’évolution de personnage pour Josephine ? Overrated, c’est une femme, son seul rôle est de tomber amoureuse.

C’est d’ailleurs une discussion qu’ont Josephine et Kern à un moment : ils disent que les hommes ont plein de trucs à faire dans leur vie en plus de l’amour, et les femmes n’ont que ça, alors elles y accordent plus d’importance.
(Bon, c’est aussi pour souligner que les femmes se remettent mieux d’un chagrin d’amour que les hommes, parce qu’elles ont que ça alors faut pas qu’elles se laissent abattre non plus, pas le choix.)

Alors voilà, mesdames, soyez prévenues : nous on a l’amour, les hommes ont le reste. #howfeminist

 

Bon, certes, Des clairons dans l’après-midi est un roman western, écrit en 1944, par un homme. En prenant ceci en compte, je suis prête à baisser mes attentes au niveau « personnages féminins intéressants et développés », je m’adapte, pas de souci. Mais qu’on me promette une femme qui « détonne par son indépendance d’esprit » et qu’on me donne ça à la place, je trouve pas ça très honnête et, même, ça m’irrite un peu. J’avais eu le même type de problème avec Du haut des cieux les étoiles, où le résumé promettait « de magnifiques personnages féminins » et où je m’étais retrouvée avec les classiques femme de/ love interest/mère de (mais on en reparlera une autre fois).

Actes Sud, va falloir qu’on cause.

ttto_women

 

Ceci étant dit, j’ai aimé ce roman. J’ai aimé les descriptions, que ce soient celles du voyage du début ou celle de la tempête du milieu, j’ai aimé cette attente et cette tension de la guerre, j’ai aimé le descriptions précises des personnages secondaires (masculins, of course, vu ce qui est arrivé à Josephine vous vous doutez bien que les autres femmes n’ont pas été mieux loties), qu’il s’agisse de Custer ou de Donovan, et j’ai aimé la bataille finale, avec tout ce qu’elle comptait de désespoir, d’abandon et de terre-à-terre crade.

J’ai aimé tout ça, et j’ai aimé, même ! l’histoire entre Josephine et Kern. Je l’ai aimé à un niveau primaire, en la prenant pour ce qu’elle était, même si, sous la surface, je voyais tout un tas de trucs qui me dérangeaient.

En fait, ce qui m’a le plus dérangée, ça n’a pas été que le personnage de Josephine soit traité ainsi (comme j’ai dit, je suis prête à trouver au roman des circonstances atténuantes), ça a été qu’on me promette monts et merveilles à son sujet (j’exagère à peine) et que je me retrouve avec ça.

Donc à partir de là, plusieurs options :

  • soit les éditeurs n’ont aucune idée de ce à quoi est censé ressembler un personnage féminin développé et véritablement intéressant, auquel cas va falloir faire un effort, on est en 2017 les gars
  • soit les personnages féminins un peu swag sont tellement peu répandus dans le western qu’ils tentent de vendre ce qu’ils ont
  • soit c’est juste du marketing et ils se sont dit qu’il fallait qu’ils trouvent un truc à mettre sur Josephine dans le résumé quand même alors ils ont opté pour ça parce que ça sonnait bien
  • soit je suis une féministe un peu trop vénère et hardcore qui a des exigences trop hautes.

Soit un peu de tout ça.

 

Pour résumer.

Est-ce qu’il faut lire Des clairons dans l’après-midi ?

Oui. C’est doux et crade, violent et lent, c’est beau, c’est bien écrit, il y a des phrases magnifiques, et des scènes qui prennent aux tripes (je me suis pas encore remise de la tempête). La bataille finale a quelque chose de très humain, très corporel, et jamais ne bascule dans l’épique inutile. On reste près de la terre, de la boue, du sang et des cailloux, et ça, c’est que ce j’aime dans le western.

Est-ce qu’il faut le lire pour ses promesses de personnages féminins ?

Non. Josephine est bien chouette, mais elle n’a pas du tout ce qu’elle mérite et  se trouve reléguée au rang d’outil pour faire évoluer le personnage principal.

 

Voilà.
Faire des chroniques féministes de romans western, ma passion #troustori

3 réflexions sur “Des clairons dans l’après-midi, Ernest Haycox

  1. Pingback: Du haut des cieux, les étoiles – Harry Brown | Les Cheesecakes de Dolores

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